Sus au cygne noir ! …Ciblons la récidive ! … Chronique criminelle d’une déraison d’Etat ! …

Posted on novembre 21, 2011

12


Je sais, pardon, ma note va être longue à lire … Mais dedans, il y a des choses très importantes relatives à la situation des jeunes, donc de leurs familles, dont le sort est à juste titre, une préoccupation majeure du candidat François Hollande : c’est pour cette approche que je le soutiens, tout en espérant que sur l’Europe, il monte aux créneaux, car nous avons rejeté cette Europe-là … c’est un autre débat.

Ma note évoque le manque cruel de place en Institut de Rééducation pour les enfants et adolescents atteints de troubles psychiques. Manque cruel passé sous silence, à l’occasion du drame qui vient de coûter la vie à Agnès et de plonger deux familles dans le plus profond des malheurs.

Au lieu d’évoquer les aléas du diagnostic et de la prise en charge après passage à l’acte (Mattieu avait déjà commis une agression = un premier accident psychiatrique) de ces jeunes on a crié « sus à la récidive » :  pour la définition, l’usage et l’abus du mot « récidive : vous devez aller la lire chez Nicolas : rassurez-vous, sa note est digeste.

Mais la mienne aussi ! … Courage ! …

Abstract

Voilà votre cygne noir … en avez-vous un à la maison ? … C’est le cas de beaucoup de familles … Elles se cachent, elles se taisent, elles divorcent, elles sont impuissantes, elles se suicident socialement  … Car le handicap psychique (autisme, état dépressif, schizophrénie, en laquelle on englobe parfois les psychoses maniaco-dépressive, obsessionnelle, hsytérique) se distingue du handicap intellectuel (état déficitaire plus ou moins grave).  Il entrave la scolarité et la socialisation des enfants qui en sont affectés. Il n’est pas mentionné dans la loi 2005-102 du 11 février 2005 relative aux droits et à l’autonomie des personnes handicapées. Il est très mal diagnostiqué. Il existe très peu d’Instituts de rééducation adaptés à leur pathologie. Les parents ne trouvent pas de solution de prise en charge satisfaisante. Non soigné, leur état évolue vers une aggravation et des séquelles irréversibles et un danger potentiel des jeunes pour eux-mêmes ou pour les autres :  le suicide des adolescents est un problème de santé publique majeur car il est la deuxième cause de mortalité en France des 15-24 ans (entre 600 et 800 décès par an), après les accidents de la route et la première cause des 25-34 ans. On estime qu’il y a une tentative de suicide toutes les 3 mn environ et une mort par suicide toutes les 40 mn. La récidive pose un problème grave du point de vue préventif car 10 à 15 % des suicidants finissent par se tuer. La récidive intervient dans plus de la moitié des cas au cours de l’année qui a suivi la première tentative. Les meurtres et les assassinats sont plus rares, mais ils existent : l’actualité vient de s’en faire abominablement l’écho.

Donald Winicott, pendant la 2ème guerre mondiale, a démontré, en accompagnant et tentant de soigner les enfants londoniens séparés de leur famille pour être protégés des bombardements, le lien entre leur état dépressif et leurs actes délinquants. Françoise Gaspari Carrière a démontré le lien entre l’abandon et l’évolution psychopathique irréversible de la majorité des enfants abandonniques ayant subi une séparation d’avec leurs parents ou l’un des deux, ou qui pour x.raisons (dépression des parents, deuil, maladie, trop d’enfants, travail trop éloigné, séparation conjugale), avaient vécu un « abandon intra-familial.

A entendre et lire ce qui est dit et écrit ces jours-ci au sujet du drame qui a coûté la vie à une enfant de 13 ans, entendre évoquer l’enfermement systématique en Centre Educatif Fermé des jeunes délinquants sexuels, alors que la réitération des faits ne dépend pas de la volonté des auteurs, mais de leur état psychique et de la qualité des soins qu’ils reçoivent, je suis horrifiée :  car  les « accidents psychiatriques »  sont bien plus fréquents dans les Centres Educatifs Fermés que dans les établissements ouverts !!!  un tel choix pour endormir l’esprit critique de la population est révoltant :

Veut-on faire entendre que s’il est très grave qu’un adolescent dans un état psychique détérioré, ait pu s’attaquer à une camarade de classe, cela l’aurait été beaucoup moins s’il s’était attaqué à une camarade du Centre Educatif fermé ?

Pourquoi veut-on faire croire que si le jeune homme avait été enfermé, son agression aurait été évitée, puisque ce n’est pas vrai : un rapport de l’IGAS de mai 2011, démontre absolument le contraire.

Ces déclarations sont barbares, alors qu’un grand nombre d’adolescents et leurs familles sont en détresse et ne trouvent aucun lieu de soins et qu’on ne leur en propose pas. Les centres Educatifs fermés ne sont pas des lieux de soin, mais d’éducation. Leur population est celle d’enfants intellectuellement assez démunis qui n’ont pas acquis les moyens de mettre des mots sur leurs sentiments et sur leurs actes … Tel n’était pas le cas, selon les informations divulguées du jeune Mattieu qui a avoué avoir tué Agnès et qui était plutôt dans un délire schizophrénique relatif à la mort … avec un goût pour la « culture gothique » qui pouvait passer pour une simple originalité en rapport avec son âge … 

Il y a dix ans, Denis Labayle publiait « Tempête sur l’hôpital » …

Depuis lors, nos structures de santé et nos politiques publiques relatives à la santé et tout particulièrement relatives à la santé mentale qui n’étaient déjà pas la panacée universelle,  … sont sinistrées  … Le diagnostic des maladies mentales n’a pas fondamentalement progressé … Par contre, la santé mentale de la population jeune s’est dégradée … taux de suicide, violences aux personnes, conduites à risques, conduites addictives atteignent des seuils plus qu’alarmants … Le manque d’Instituts de Rééducation, pour accueillir les enfants non déficients intellectuels mais souffrant de troubles psychiques, est scandaleux. Rappelons, que contrairement aux affirmations de notre gouvernement actuel et conformément à nos engagements internationaux, au travers notamment de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), on est un enfant de O à 18 ans.

                               Que font les familles de leur cygne noir ?

 Diagnostiquer et soigner et être soutenu, une gageure

Face aux troubles de leurs enfants – trouble réactionnel ou de l’adolescence réversible ou pathologie plus lourde –  face à la majoration par l’usage des stupéfiants, des difficultés psychiques,  (les drogues sont souvent pour les jeunes un « anti-dépresseur » ou  un « anxiolitique » ou une aide pour trouver le sommeil), qui laissent des séquelles parfois irréversibles,  les parents sont démunis, ils ne savent où aller consulter, certains n’en ont pas les moyens

Or, l’enfant doit être pris en charge du matin ou il s’éveille jusqu’au soir où il s’endort … les problèmes ne se tarissent pas après une consultation ou un bilan, l’urgence est omni-présente … Si l’enfant ne peut plus être scolarisé normalement, s’il a des punitions tous les jours, ou se sauve, ou tape les autres enfants, ou sort sans autorisation alors qu’il a encore l’âge d’être surveillé et retenu à la maison, on en fait quoi ? Qui s’arrête de travailler pour lui courir après ? La mère ? Le père ? … Et d’ailleurs pourquoi faire ? Pour jouer aux cartes avec lui alors qu’il n’a de cesse de s’enfuir pour retrouver les lieux et les copains qui servent de cadre à son errance ou à ses débordements asociaux ? …

Maintien de l’enfant dans sa famille et son école

– La Maison de l’adolescent

C’est une structure qui propose une prise en charge pluridisciplinaire des jeunes de 12 à 20 ans en souffrance psychologique, somatique et psychiatrique. Les adolescents peuvent ainsi consulter dans un même lieu assistante sociale, diététicien, éducateur, gynécologue, infirmière, pédiatre, psychiatre, psychologue, psychothérapeute, dermatologue ou encore avocat.

Les premières Maisons de l’adolescent ont été créées au Havre en 1999 et à Bordeaux avec le centre Jean-Abadie. Son fondateur, le docteur Xavier Pommereau explique :

 « Longtemps, les ado dépressifs se retrouvaient soit en pédiatrie, au milieu des jouets Fisher-Price, soit avec les personnes âgées. Les 10-25 ans n’étaient pas reconnus dans leur spécificité. Nous devons les considérer comme des grands, pas comme des adultes »

Plusieurs maisons de l’adolescent ont été créées à Marseille, Bobigny, Paris, Poitiers, Besançon. Au vu des résultats de ce type de prise en charge globale des adolescents en proie à des troubles psychiques, les pouvoirs publics souhaitent que soit mis en place une Maison de l’adolescent dans chaque département. Mais on est aujourd’hui loin du compte. L’idée n’est pas portée médiatiquement, ce qui l’est, c’est un insupportable discours sécuritaire.

– Certains CHU et HP proposent des solutions d’accompagnement qui sortent de l’ordinaire des consultations en CMPP où faute de moyens et de remise en question la prise en charge ne satisfait pas les familles, où souvent, quand elles consultent, on ne leur dit pas clairement ce dont souffre leur enfant … On s’arrête aux symptômes, on commence au mieux en ambulatoire, dans un cadre thérapeutique auquel le jeune n’adhèrera pas,  le replâtrage inconséquent, inutile et dangereux des « fissures » … 

Christelle SAGET témoigne dans  ses  reportages notamment dans l’Express pour qui elle travaille, d’expériences plus « offensives »  : La schizophrénie expliquée aux parents , qui raconte une expérience d’information en direction des familles en HP, ou son drame personnel :   » Comment j’ai enfermé mon frère » … Pourtant, 60% des schizophrènes peuvent être maintenus dans la vie sociale si la famille n’est pas abandonnée à son drame … Ce témoignage arrache des larmes … sauf si l’on est un rameau sec … Hélas cela existe.

Les associations d’aide

L’U.N.A.F.A.M est une association majeure : (Union des familles et amis de malades mentaux).

Les associations d’aide et de soin

Il faut aussi mentionner le réseau associatif l’Ecole des parents qui peut aider à distinguer un trouble grave d’un trouble bénin qui,  même  bénin, rend néanmoins très problématique la scolarisation et la vie à la maison. L’école des parents propose aux familles, des soins et de l’accompagnement aussi bien pour les troubles dépressifs du  bébé que pour ceux de l’adolescent …

Trouver un établissement scolaire et de soins, adapté

Si la loi de 2005 a fait « un peu » avancer les choses pour la prise en charge des enfants « déficients intellectuels », qui sont pris en charge dans les I.M.E. tel n’est pas le cas pour les enfants « difficiles » atteints de troubles psychiques. 

Il existe des Instituts de Rééducation en nombre tellement insuffisant qu’il est impossible d’y être admis : cela signifie qu’il n’existe  rien. 

Les parents des enfants autistes le dénoncent avec force, mais tous les autres ? ceux dont les enfants ont simplement des comportements indésirables réversibles ou non et qui les font rejeter du système scolaire normal, souffrent sans mot dire et poursuivent leur chemin de croix, en quête d’un établissement qui veuille bien de leur marmot.

Pourquoi deux poids et deux mesures ?

S’il  est facile de trouver inacceptable d’enfermer Rain Man qui est autiste, imprévisible mais sociable … il n’en est pas de même  d’un jeune homme brillant, courtois jusqu’à l’obséquiosité qui recouvre un rejet profond de l’autre, mais aussi complètement paranoïaque et apeuré, glacial et agressif à la moindre contradiction. Au contraire de Rain Man, un tel jeune va provoquer de violents contre-transferts qui vont venir renforcer sa propre agressivité. 

Il est encore plus difficile pour l’opinion d’accepter qu’un travail de soins et de réinsertion soit mené en sa faveur, s’il a commis une atteinte grave à une personne … notamment une atteinte sexuelle … 

Pourtant, cette opinion, si elle n’accepte pas, tolère, qu’un homme adulte qui a tué sa compagne par jalousie, qui lui a explosé la tête sur le carrelage sous la colère de brute épaisse qui l’a animé, soit remis en liberté au bout de cinq ans et reprenne place dans la société….

Contrairement à une idée reçue un enfant jeune peut être très dépressif : sa dépression, ignorée, va s’aggraver irrévocablement :

La dépression de l’enfant n’a été identifiée comme affection relevant de soins, que dans les années 1970 … Elle n’a fait l’objet d’une réflexion approfondie pour une prise en charge des enfants dépressifs, qu’en 1995, à l’occasion d’une Conférence de consensus qui s’est tenue au Sénat les 14 & 15 décembre 1995. 

Cette prise en charge est actuellement inopérante. On laisse les enfants grandir … leurs symptômes se masquer et se transformer … sans intervention qui guérisse véritablement … La dépression de l’enfant a-t-elle des conséquences sur son devenir à court, moyen et long terme ? On n’a pas d’études épidémiologiques qui permettent de le savoir : on n’a que les symptômes des enfants et des outils thérapeutiques plus ou moins adaptés pour faire taire les symptômes en espérant soigner la maladie …  La « résilience » décrite par Boris Cyrulnick est loin d’être l’évolution spontanée la plus fréquente … elle n’est possible qu’avec la convergence de plusieurs conditions, notamment la présence du « témoin secourable » identifié par Alice Miller …

Dans tous les autres cas, la guérison n’existe pas … Le soubassement dépressif est actif et évolue à bas bruits vers l’aggravation.

Plus grave : Est-on si sûr que, dans certains cas,  la dépression dite « mineure » chez l’enfant, soit si mineure que cela, dès lors que l’enfant est en développement et que la dépression affecte son développement ? N’évolue-t-elle pas inexorablement vers une plus grande propension de cet enfant , aux épisodes psychotiques aigus ? … lesquels ne seraient que la partie visible d’un iceberg de détérioration psychique irréversible ou peu réversible ? …

Passer du rien au tout : l’enfermement médical :

Lorsque les troubles de l’adolescent très déprimé et/ou schizophrène deviennent trop bruyants, on passe du rien au tout, en l’hospitalisant parfois sous la contrainte.

Les témoignages sont unanimes : les HP  tels qu’ils fonctionnent actuellement, détruisent définitivement les malades. Les politiques de santé mentales sont totalement inadéquates et sinistrées. Les familles et les malades psychiques sont abandonnés.  Quand le jeune ne peut voir un psychiatre, un psychologue, un ergothérapeute, que deux heures par semaines, que fait le jeune le reste du temps ? … Bourré de médicaments, il dort et fume sur la pelouse, comme un petit mouton écrasé de chaleur ? … Tel est le cas. Or ce dont il a besoin, c’est de soins, dans une relation thérapeutique, pas seulement d’une solution chimique qui sidère sans soigner  …

L’accident psychiatrique , tel celui qui défraie l’actualité :

Il reçoit la pire des réponses : une  réponse judiciaire parfois avec internement en U.M.D. :

La réponse judiciaire est la première réponse catastrophique à un tel évènement dramatique : je ne vois pas, en effet,  comment un détenu dépressif et/ou schizophrène peut évoluer  favorablement dans la violence absolue du milieu carcéral.

Un centre éducatif fermé est un lieu où sont placés les mineurs en difficulté avec la loi, mais non encore jugés et condamnés à une peine d’emprisonnement.

Ils sont issus d’une loi de 2002. Les enfants condamnés quant à eux, rejoignent les quartiers des mineurs des Centres de détention, pour lesquels la France s’est faite épingler par la Cour européenne des droits de l’homme.

 Plus adaptés que les quartiers des mineurs de maison d’arrêt, les centres Educatifs uverts, ne sont pas à l’abri des évènements identifiés comme  » accident psychiatrique » : les viols, les agressions, les tentatives de suicide et les suicides y surviennent avec une fréquence plus élevée que dans un internat dans lequel les enfants en difficulté ne sont pas « concentrés », même si les jeunes y vivent dans un encadrement spécialisés.

Quant aux condamnés, l’aggravation de leur état psychique est une conséquence logique de leur incarcération. Le suivi psychiatrique est indigent : le psychiatre voit le détenu quelques minutes par semaine.

Je ne vois pas non plus comment les structures psychiatriques UMD : « Unités pour malades difficiles », pourraient proposer ce que prévoit le Code pénal : à savoir que toute personne qui s’est rendue coupable d’un crime ou d’un délit doit se voir appliquer une sanction qui soit de nature à la réinscrire dans la société normale

L’élimination prônée par Hitler est une bête immonde que j’entends dans l’ombre, respirer fort … Ces dérives sont terrifiantes …

La réponse politique actuelle : elle fait écarquiller les yeux de stupeur :

1°) – Sur l’annonce qui  viole les règles constitutionnelles :

Depuis quand le 1er Ministre peut-il décider du traitement pénal des mineurs délinquants sexuels, violant le principe de séparation des pouvoirs,

1. puisqu’en son état actuel, la loi est appliquée par les Juges dans le respect du principe de la personnalisation de la peine et et que ce principe s’applique aux décisions relatives à la restriction de liberté dans l’attente de la fin de l’instruction et d’un éventuel renvoi devant la juridiction répréssive : c’est le contrôle judiciaire. La violation est de taille : art. 66 de la Constitution : séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, l’autorité judiciaire étant la gardienne des libertés individuelles.

2. Puisque relativement à son état futur, la loi pénale ne peut être modifiée que par un projet ou une proposition de loi, adoptée par le Parlement: La violation est tout aussi inadmissible : art. 34 de la Constitution : séparation du pouvoir législatif et du pouvoir règlementaire (Contrôle judiciaire : Art 137 et suiv.Code Procédure Pénale = origine législative et non règlementaire. Séjour avec obligation de soins : Art. 138-10° et R 17-5 CPP choix de l’établissement de soins et du thérapeute conforme à la liberté publique relative au choix du praticien et aux art. 9 à 16 Code civil; Conditions d’admissions en Centre Educatif Fermé : loi n° 2002-1138 du 9 septembre 2002 et non un décret). 

3.Puisqu’aucun projet de loi ne peut être débattu par le Parlement, avant que le pouvoir exécutif n’ait diligenté une étude d’impact : or, ici, l’étude d’impact est cruciale puisqu’il s’agit de savoir si les délinquants sexuels mineurs doivent être retenus dans un centre éducatif où ils peuvent aussi bien violer ou tuer quelqu’un que dans une école ouverte, ou s’ils doivent être retenus dans un lieu de soins où l’on va vraiment s’occuper de les soigner !!!!

2°) – Sur le déni jusqu’à la complicité des abus sexuels et autres atteintes aux personnes commis dans les établissements pénitentiaires, les lieux de vie, et de soins :

L’incapacité à prévenir les atteintes en tous genres des personnes dans les lieux de soin et de vie repose sur le mythe de l’enfermement curatif et le déni des faits, jusqu’à la complicité :

Les centres éducatifs fermés peuvent-ils  accueillir des délinquants sexuels, c’est à dire venir au secours d’une incapacité avérée de notre société actuelle, à accueillir les enfants souffrants de désordres psychiques sans déficience intellectuelle dans des lieux de soins adaptés où ils soient à la fois, soignés, contenus et scolarisés !!!

Non ! … Les atteintes aux personnes y ont lieu comme ailleurs ! … Les empêcher nécessite qu’on ne concentre pas des jeunes en difficulté et qu’on mette le personnel nécessaire avec la formation professionnelle qui comprend un entrainement physique important, pour des soins qui fassent une large place au travail sur le corps, des activités physiques sportives, telles que le judo, qui comportent le corps à corps dont ces jeunes, souvent encore pris dans un lien fusionnel à leurs parents qu’ils doivent dénouer et qui sont par là-même, en difficulté avec leur corps, ont besoin : grandir, accéder à la mâturité sexuelle, est un enjeu de différenciation.

Le lieu de soins et d’éducation et le personnel chargé des jeunes, doit avoir la capacité physique de les « contenir », sans la violence que ces jeunes recherchent comme « rencontre » avec autrui et eux-mêmes, et sans contrainte chimique. Cela demande souvent du temps, mais parfois non : il suffit d’un déclic, pour qu’ils choisissent de se contenir eux-mêmes et n’aient plus besoin d’externaliser leurs conflits.

L’IGAS [Inspection Générale des Affaires Sociales] a déposé récemment un rapport sur Les accidents psychiatriques … qui surviennent à l’intérieur même des lieux de soins.

C’est dire que la décision du 1er Ministre que les mineurs délinquants sexuels soient enfermés immédiatement en centre éducatifs fermés est inadaptée et scandaleuse puisqu’elle laisse à penser qu’à  » l’intérieur  » on serait capable de prévenir un épisode psychotique aigu se traduisant par une agression sexuelle sur un tiers, alors que tel n’est pas le cas.

Ces accidents psychiatriques mettent en lumière la mépris de l’exécutif actuel pour les problèmes de prise en charge de l’enfance en difficulté (enfance au sens de la Convention), sa volonté d’instrumentaliser dans sa propagande sécuritaire, le moindre drame en prenant soin de ne « monter en épingle » que ceux qui arrivent dans un établissement privé … 

L’urgence est de protéger l’adolescence, cela fait des années que cette question est posée.

L’exécutif actuel n’a répondu que par la criminalisation de l’adolescence, alors qu’elle est, dans notre pays,  en très grande souffrance  :

On sait qu’indépendamment d’une psychose avérée, la dépression de l’enfant et de l’adolescent induit des passages à l’acte et des épisodes psychotiques aigus sans pour autant que l’enfant soit incurable. Mais encore faut-il traiter l’épisode, médicalement et par la rééducation thérapeutique. 

Comment peut-on laisser repartir à la maison sans une durée d’hospitalisation suffisante et la mise en place de soins pendant plusieurs mois, un jeune homme qui a sauté dans la Seine et a été repêché à temps, une fille qui s’est ennivrée brutalement jusqu’au coma éthyllique, un jeune homme qui a menacé les autres au cours d’un bad trip … On multiplierait les exemples à l’infini … L’épisode n’est que la partie cachée d’un iceberg … Ne pas le traiter a un coût individuel et social qui va être lourd …

La souffrance des adolescents, leur recours massif aux stupéfiants, leurs actes délinquants, leurs difficultés scolaires, vont de pair avec la détérioration des conditions de leur prise en charge scolaire, la « droitisation » de l’opinion qui les diabolise et ne leur témoigne aucune bienveillance, ainsi qu’enfin,  la dégradation des conditions matérielles de vie des familles qu’elles soient pauvres ou plus aisées, car elles sont pressurées par le travail, le transport, les difficultés financières. Ces pressions de vie rendent les familles indisponibles pour les enfants, à l’âge crucial où ils sortent de la période de latence pour entrer dans la pré-adolescence, c’est à dire où ils arrivent en 6ème : ils sont alors livrés à eux-mêmes : horaires variables, plus de garderie, ni d’étude … On leur demande une autonomie acquise alors qu’ils ont simplement l’âge de commencer à l’acquérir … La solitude des enfants déstabilisés à cet âge est pathogène …  Commence aussi pour eux, dont le corps se transforme, l’épreuve souvent catastrophique de l’accès au sport, avec changements de discipline sportive chaque année, ce qui les rend débutants tous les ans … un grand débutant se percevant comme un grand benêt !

Trop d’associations sportives recherchent parmi leurs jeunes adhérents, le mouton à cinq pattes qu’elles vont faire monter en compétition,  sans se soucier de tous les autres enfants déçus qui ont perdu confiance en eux. 

Il est facile de construire ainsi un dégoût quasi définitif pour le sport et en tous cas, de rompre le dialogue avec son propre corps … L’usage de stupéfiants et d’alcool, les débordements et la violence physique, les agressions sexuelles, sont autant de manifestations de cette rupture de la parole entre une personne et son corps

C’est cette parole qui devra être rétablie coûte que coûte dans le soin qui doit comprendre un travail sur le corps tout autant que sur la capacité à mettre des mots sur ses actes : Henri GOMEZ par son travail sur la personne alcoolique, a apporté une contribution majeure à la compréhension de la prise en charge specifique des sujets en difficulté avec leur corps.  

Tirer les leçons du passé, faire le bilan du présent :

La réflexion pour prendre en charge les enfants « qui vont mal »  est récente … Avant 1945, ils mourraient par milliers, dans les bagnes d’enfants décrits, pour ce qui concerne sa région, par la si attachante Marie Rouanet, dans son ouvrage  » Les enfants du bagne » ,  résultat de son travail d’historienne à l’Université de Montpellier … dont elle parle sur prison.org. Sommes nous en train de revenir à la situation antérieure à 1945 ? Je le crains.

La place d’un jeune schizophrène angoissé par la présence d’autrui, l’animation, les cris incessants, les disputes qui caractérisent ces lieux, est-elle dans un centre éducatif fermé ? Sûrement pas, sauf si l’on souhaite déclencher un épisode psychotique aigu …

Que deviennent en outre tous les autres qui ne relèvent pas de cette relégation de fait  ? … Et qu’en est-il de tous ces lieux de vie et non de soins,  qui accueillent des enfants dont les troubles du comportement évidents sont qualifiés de « troubles liés à une adolescence difficile  » ! …

Quelles vertus curatives peuvent avoir l’enfermement et la relégation dans un vide chimiothérapeutique … ou l’isolement en pleine nature  … d’autant plus que les stupéfiants qui majorent les troubles, entrent dans ces lieux de vie comme dans un moulin … et d’autant plus qu’on ne peut pas non plus empêcher les champignons hallucinogènes de pousser dans la forêt !!! …

L’enfermement quel qu’il soit, ne prévient pas, actuellement, les accidents psychiatriques aux conséquences dramatiques : atteintes sexuelles, atteintes à la vie :

Soigner est possible, donc prévenir les crimes des jeunes atteints de troubles psychiques est possible

Il faut du temps et des moyens parmi lesquels des lieux adaptés, du personnel formé. Il faut aussi des moyens pour des enquêtes épidémiologiques qui permettent d’améliorer les diagnostics et de réduire les erreurs d’orientation des enfants vers tel établissement plutôt que tel autre. Il faut surtout des prises en charge car même si les symptômes se taisent, l’enfant ne va pas guérir tout seul. On le sait, l’enfant désespéré de ne plus voir son père ou sa mère, l’enfant victime d’un abus sexuel intra-familial, sont des sujets qui ont rarement des symptômes … Pourtant ils se détériorent irrémédiablement : leur adolescence et leur vie tout entière en portera la trace douloureuse si, après des actes de délinquance divers et variés, mis en évidence par Donald Winnicott, ils ne mettent pas fin à leur jour ou ne sont pas victimes d’un accident qui aura l’air sans lien, mais qui est directement lié à leur souffrance : Alice Miller l’a démontré.

Soigner les enfants me semble plus facile que d’anticiper les crimes commis sous l’empire de la jalousie et de la colère, par des machos incultes qui ne sont atteints d’aucun trouble psychique mais ne savent exister qu’en dominant quelqu’un et en priorité leur femme ou leurs enfants. Alors protestons contre la diabolisation des enfants délinquants atteints de troubles psychiques graves.

Comme une crue, l’humain en souffrance mentale est une force que l’usage de la force n’arrête pas … La violence des adolescents affectés de troubles mentaux qui ne disent jamais aussi clairement que cela ce qu’ils sont,  révèle l’abandon dans lesquels nous les laissons … ce, depuis des générations …

 Violence de l’abandon et violence active révèlent notre arrogance devant les troubles psychiques, autant que notre peur inavouée et notre sadisme pour toute réponse à la souffrance de l’enfant qui réagit  par des symptômes psychiques ou somatiques, à nos erreurs éducatives, à nos dysfonctionnements familiaux, à nos injonctions paradoxales, à nos incohérences sociales … en tous cas, à notre incapacité à le prendre en charge vraiment, notre silence et notre inaction étant complice d’un pouvoir exécutif hautement irresponsable et cynique en ce domaine tout particulièrement … 

Les enfants sont confrontés au vide … à notre vide … L’actualité me fait penser aux crimes « rêvés » odieux dans la Vie Criminelle d’Archibald de la Cruz, de Luiz Buñuel et aussi, pour l’indigence de la prise en charge des enfants qui dérapent, à Mamma Roma, de Pier Paolo Pasolini

Nous sommes dans un monde qui ne sait pas accueillir ses enfants pour les rendre heureux … et qui, confronté à leurs troubles,  les crucifie …

Publicités
Posted in: Uncategorized