Lettre à ceux qui trouvent l’actualité sans relief ni saveur …

Posted on juillet 11, 2012

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Juan, comme  Yann, se font l’écho d’un désarroi et du sentiment de vide de l’actualité, qu’éprouveraient certains blogueurs, cherchant la bonne distance entre indépendance d’esprit et capacité de critique, en même temps que soutien politique à l’égard de nos pouvoirs exécutif et législatif s’inscrivant à Gauche.

Pourtant, des voix s’élèvent comme celle de David Burlot  [ et même celle de Nicolas qui fait tout pour galvaniser ses troupes ! ]. Rester attentif à celle de Gérard Filoche, Inspecteur du Travail dont l’engagement et la pédagogie sont remarquables.

Je leur écris pour leur dire que l’actualité est au contraire brûlante et que la pression populaire ne saurait se relâcher, ni dans la vie, ni dans les blogs.

Cette nuit, à Madrid, sont arrivés les mineurs de la « Marche noire » ! Ils mènent le combat que nous avons perdu; ils nous donnent le ton des défis que nous avons aujourd’hui à relever pour redresser notre pays et le réindustrialiser, dans la Concertation  comme celle que conduit en ce moment JM Ayrault, ou dans les luttes, comme eux  : ils sont en grève et sont venus à pied, comme nos metallos d’Arcelor, depuis le Nord de l’Espagne.

Ils marchent pour l’indépendance énergétique, pour le « Non au Tout Nucléaire »,  pour la pérennité des bassins miniers qui sont le socle où prend appui l’industrie lourde et donc, ils luttent pour la pérennité du potentiel industriel de l’Espagne !

Les mineurs espagnols défileraient-ils sous notre nez sans que leurs luttes nous touchent ? Sans que nous nous posions la question de notre indépendance énergétique ? Sans que nous ne nous interrogions sur les moyens simples de réindustrialiser la France ? Sans que nous ne nous interrogions sur le passé pour chercher à savoir à qui a profité que nous fermions nos propres puits de mines ? Sans chercher à savoir pourquoi nombre d’entre eux, contenant une houille de très haute qualité ont été noyés ? Pourquoi on y enterre des déchets nucléaires malgré l’opposition des populations dans des régions où la radioactivité attribuée au « radon » est époustouflante et où hommes et femmes jeunes et enfants meurent de cancers fulgurants !

En fermant nos mines, nous avons perdu notre production gazière, notre sidérurgie et toutes les productions dérivées du charbon en ce comprise la production textile synthétique.

Pas la peine de chanter « aux armes citoyens » si nous ne retroussons pas nos manches, si nous n’aiguisons pas nos plumes, pour soutenir les mineurs espagnols et obtenir chez nous, un plan de relance de la production charbonnière et des productions dérivées, dans un cadre juridique coopératif mixte : Etat, entreprises et salariés. Cette relance est possible  – sauf pollution nucléaire de certains sites et non des moindres ! – notamment du fait de l’évolution des technologies de gazéification du charbon et des moyens d’extraction !

Ce qui se passe à Madrid n’est pas anecdotique. Les mineurs espagnols ont besoin de notre mémoire  et de notre soutien !

Tout ceci se passe, tandis que chez nous, se tient un sommet social qui ne fait pas ce matin la « Une » des journaux inféodés aux pouvoirs financiers.  Certains d’entre nous ont perdu la mémoire des luttes sociales … ne savent plus comment elles ont changé le monde et apporté la prospérité …  ils seraient prêts à vasciller devant une Laurence Parisot qui prône l’abandon des pilliers du Droit du Travail. Même si El Camino nous dit que nos centrales syndicales n’ont pas flanché et que Laurence Parisot s’est pris une claque, il faut connaitre son mauvais projet et savoir que le MEDEF est puissant et n’y renoncera pas sans que nous lui fassions barrage :

1. Abandon de la négociation des salaires minimaux et des conditions de travail par branches professionnelles, au profit d’une négocation dans le huis clos de l’entreprise où 1°) les syndiqués peuvent être peu éduqués ou pris en tenaille par les autres salariés que les patrons réussissent à acheter ou intimider et 2°) où cesserait de pouvoir s’appliquer le principe protecteur de la « norme la plus favorable » entrainant immédiatement une révision générale à la baisse des salaires.

2. Abandon du principe de « l’application de la norme la plus favorable »  ce principe permet à un salarié ayant signé soit par ignorance, soit parce qu’il avait le couteau sous la gorge, un contrat de travail moins favorable que la convention collective ou le code du travail, de se prévaloir, pendant le contrat et pendant cinq ans après sa rupture, des normes de la Convention ou du Code, même non écrites dans son contrat :  le Conseil des prud’hommes peut ainsi  condamner l’employeur à verser un rappel de salaire et indemniser le préjudice pour des conditions de travail et des horaires moins favorables que la convention collective ou le code du travail. Ce principe a déjà été mis à mal dans certaines branches par le poids grandissant ces dernières années des « accords d’entreprise » y dérogeant dans certaines branches. Laurence Parisot veut juste achever le travail. Soutenons avec force les syndicats qui s’y opposent avec raison. Ils sont notre dernier rempart.

Abandonner ces principes, c’est retourner au temps des Manufactures du XIXème siècle : au secours, Gervaise [E.Zola], ton patron revient !

Pour Patricia, bolivienne, le chant des mineurs de son pays : Minero boliviano, et la Prière à un Travailleur (Paysan ?) chantée par Victor Jara et sa voix de velours au sein des Quilapayuns : je les associe, pour elle et nous , dans la fraternité et la détermination, à cette image des mineurs espanols défilant dans la nuit, escortés par une foule énorme de madrilènes.

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Posted in: Politique