Au Théâtre du Guichet : Olympe de Gouges.Au Forum PS sur l’extrémisme. Ou ma colère sur l’effarante réécriture de l’histoire.

Posted on octobre 8, 2013

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 » J’étais seul l’autre soir au théâtre français » … Sur l’air de Musset, je pourrais écrire : « J’étais en colère dimanche au Théâtre du Guichet » … Comme je l’ai été à m’en étouffer samedi, au Forum PS sur les extrêmismes !

[Sauf naturellement quand j’ai écouté l’intervention de Vincent Peillon, celle d’Harlem Désir et celles tout spécialement de Sandor SZOKE qui m’a beaucoup émue et dont j’essaierai de résumer l’inquiétant et émouvant propos;  Caroline Fourest, super comme d’hab,  de Naïma CHARAI Présidente de l’Agence Nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances : pas de blabla … que du concret relié aux principes républicains ; celle de Cindy Léoni, Présidente de SOS Racisme; celle de Najat Vallaud-Belkacem était très bien comme d’hab. David Assouline a conclu … j’aime l’éloquence, et c’est vrai, il en manque un peu, mais bon, il fait du bon boulot quand même.]

1. Olympe de Gouges

Des artistes certes délicieux … Mais j’espérais qu’à prendre la peine d’écrire une pièce de théâtre Annie Vergne n’aurait pas recopié sottement les âneries qui trainent, il est vrai un peu partout … Et je ne sais qui a eu la mauvaise idée de s’emparer d’Olympe de Gouges pour lui faire porter des combats qu’elle n’a pas menés :

a) – Bien jeune étudiante, je me suis passionnée pour les poétesses du Moyen Age et bien sûr pour Aliénor d’Aquitaine … J’ai donc trouvé sur ma route Régine PERNOUD, (oui, la tante de Georges Pernoud qui produit Thalassa !). Historienne spécialiste du Moyen Age, sortie de l’Ecole des Chartes et Conservateur du Musée du Moyen Age, puis des Archives Nationales, elle fonda en 1974 sous l’égide d’André Malraux, la Fondation Jeanne d’Arc d’Orléans. L’Académie Française à salué l’ensemble de son oeuvre … [La connaître, s’agissant de Jeanne D’Arc, me parait un bon moyen de combattre le FN qui se l’est appropriée.]

 » Il n’est de pire crime que de faire le mal par bêtise  » [Ch. Baudelaire savait de quoi il parle : victime dans la société et dans sa famille, du rejet raciste de sa compagne Jeanne DUVAL , un « chat roux aux yeux verts » : probablement  haïtienne .]

Comment peut-on affirmer que la société française a de tous temps été patriarcale : alors que nous savons, au moins par Régine PERNOUD, que les femmes au Moyen Age avaient autant de droits que les hommes d’aujourd’hui ! Lire  Régine PERNOUD :  » La femme au temps des cathédrales« .

Comment peut-on attribuer à Olympe de Gouges l’idée que les femmes pourraient avoir le droit de vote, alors que, jusqu’aux Etats Généraux dont le Règlement est du 24 janvier 1789,   » Dans les assemblées urbaines ou les communes rurales, les femmes, lorsqu’elles sont chefs de famille, possèdent le droit de vote. » (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 22). C’est triste à dire, mais la Révolution a fait régresser les droits des femmes : ceci pour des raisons politiques du moment et non, sur le principe de l’égalité soutenu par de nombreux hommes parmi lesquels Condorcet, Lafayette … pour ne citer qu’eux.

Olympe de Gouges a-t-elle mené un combat féministe ? Oui, bien sûr ! surtout si l’on retient sa réécriture au féminin de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

A t-elle créé les premières assemblées de femmes comme elle le prétend ? Il y en a eu de plusieurs tendances. Non, elle n’a pas participé aux journées des 5 & 6 août 1789. Non, elle n’était pas une « tricoteuse ».  Non, elle n’a pas créé la première société de femmes qui fut   » La Société patriotique et de bienfaisance des amies de la vérité » : créée par Etta Palm d’Aelders en 1791 : elle revendiquait tout particulièrement le droit à l’éducation pour les filles et les femmes. Rappelons que les filles et femmes protestantes étaient éduquées  au sein de la famille dont tous les membres parlaient, lisaient et écrivaient le français, la Bible étant lue en français chaque jour.

A-t-elle été cohérente dans ses choix politiques ? Non si l’on retient qu’elle milita pour l’abolition des assemblées primaires et pour un vote censitaire qui écartait les femmes : elle n’a donc pas fait des choix politiques à l’époque cruciaux, à la hauteur de ses idéaux.

A-t-elle eu une clairvoyance et des idées personnelles sur les droits civils et politiques, « l’économie » et les finances ? Non, elle a fréquenté le salon de Mme De Ligniville-Helvetius dont le mari était fermier général : ce salon, nommé Société d’Auteuil recevait Suzanne Necker, Condorcet, Turgot : on ne peut se dire inventeur de ce que l’on a simplement entendu ! Pourquoi taire tout cela et  parer Olympe de Gouge d’une clairvoyance et d’un génie qu’elle n’a pas eus ?

b) – S’agissant de l’engagement d’Olympe de Gouges pour l’abolition de l’esclavage : était-elle pour l’égalité des droits entre les hommes quelle que soit leur « couleur » ? Certes si l’on en croit le courage qu’elle eut d’en écrire et de faire jouer une pièce de Théâtre qui tint l’affiche trois jours. Certes si l’on sait que par sa fréquentation des Condorcet, elle était tenue au courant des activités de la Soiété des Amis des Noirs : mais celle-ci n’a jamais admis les femmes : elle n’y milita donc pas.

Et si l’on se reporte à l’histoire de la Révolution à St Domingue et à la naissance d’Haïti, Olympe de Gouges ne soutint pas ses artisans, mais ses adversaires.

c) – Olympe de Gouges est morte sur l’échafaud , première femme après Marie-Antoinette à périr sous la guillotine et un mois après l’interdiction des sociétés de femmes. Cela se suffit à soi-même. Je ne lui reproche pas ses « emprunts », ses contradictions et ses erreurs. Je reproche leur posture à ceux qui l’utilisent pour réécrire l’histoire.

L’histoire de sa vie se suffisait à elle-même. Elle est morte pour son engagement politique : comme des milliers d’autres avant elle (Cf. Régine PERNOUD). Elle n’a pas inventé le féminisme. Elle l’illustre. Comme sa mort illustre que la Révolution ait pu guillotiner la liberté d’expression qu’elle avait proclamée à l’article 10 de la DDHC :

 » Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, y compris religieuses ».

2. Au Forum PS le 5 octobre : Le concept de « Droite Révolutionnaire » de Zeev Sternhell qui situe vers 1885 l’intégration de l’antisémitisme à l’idéologie de droite ( ! ) éclairerait la compréhension de la ligne politique de Marine Le Pen ! ?

J’en suis restée baba … puis la colère a grondé très fort en moi !

Protestante grandie à l’ombre à la fois magnifiée et honteuse de mes aïeux Galériens de la foi et des Enfermées en la Tour de Constance, descendante de l’un des deux fondateurs de l’Eglise Réformée de France, j’ai hérité de l’angoisse et des savoirs des familles qui ont supporté les persécutions religieuses en France :

Celle des Juifs est naturellement la plus ancienne : une visite au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple à Paris 3ème sera plus explicite que toutes mes explications.

Celle des protestants qui commence très exactement par le massacre des protestants à Wassy en Haute Marne, commis par le Duc de Guise le 1er mars 1562 et qui marque le début des huit guerres de religions qui vont ravager la France.

J’ai été effondrée que mon propre parti soutienne au travers de Zeev Sterhell – que je respecte au demeurant, mais que je critique –  que l’antisémitisme soit devenu un axe des idées politiques à droite, comme si, champignon, il était sorti de terre en 1885.

Pas un mot des vagues d’immigration juive à partir des pogroms de cette époque en « Europe de l’Est ». Pas un mot pour la longue histoire de l’antisémitisme en France, rien sur sa proximité avec le catholicisme intégriste ! …

Comme si Saint-Louis n’avait pas imposé aux Juifs le port de la Rouelle, comme si les Juifs n’avaient pas été expulsés du Royaume au XIème siècle, puis rappelés pour leur rôle économique, puis convertis de force avec tous les supplices physiques et moraux, réservés aux récalcitrants  … puis expulsés définitivement … Pas un mot sur les Juifs du Dauphiné, ceux de Provence et leur sort quand la Provence est rattachée à la Couronne de France (relire l’histoire des Baux). Pas un mot des Juifs réfugiés en Savoie …

Pas un mot non plus de l’Edit de Versailles de 1787, qui profita naturellement aux Juifs et qui est l’acte fondateur de la Liberté de Conscience à l’époque moderne en France : le premier acte du basculement de la notion de monarchie de droit divin, préparé par de nombreux et très anciens courants (parmi eux le gallicanisme porté par les rois eux-mêmes)  qui conduira à l’exigence de Séparation des Eglises et de l’Etat !

Pas un mot des débats de décembre 1789 et du décret du 28 janvier 1790 qui accorde aux juifs du Midi relevant de la législation propre aux Etats du Pape (ceux d’Avignon et du Comtat Venaissin, les portugais et les espagnols), un statut légal  : le contenu reste celui des  » lettres patentes » d’ancien régime,  la source du statut, néanmoins, n’est plus le fait du prince mais la constitution de la Nation. Ce statut dérogatoire (le statut personnel des juifs restait réglé par les lois de leur communauté), disparait après la loi du 20 septembre 1792 qui laïcise l’Etat Civil (loi sur laquelle le Code Napoléon ne reviendra pas). Le décret du 27 septembre 1792, en effet, refusant de les considérer comme une communauté, accorde aux juifs, sur tout le territoire, les droits de tout citoyen actif.

Non, tout n’a pas commencé en 1885, ni même en 1789 ! Il y a eu un long combat qui n’a pas, dès sa jeunesse, échappé à Régine PERNOUD :

En effet, il n’est pas indifférent de savoir que sa thèse  porte sur l’histoire du Port de Marseille, des origines au XVIIIème siècle.

Pour les périodes ultérieures, on trouve la trace tant au Musée de la Marine qu’à ceux de Rochefort ou Brest, de l’histoire des Flottes du Levant et du Ponant, et notamment, l’histoire des Galères du Levant, ce qu’en a fait Louis XIV et comment les galériens de la Foi y ont vécu l’enfer.  En 1690, plusieurs galères du Levant arrivent à Rochefort venant … de Marseille ! … et font route jusqu’à Cherbourg révélant à des populations qui l’ignoraient comment était mues les cinquante paires de rames des galères du Levant !

L’histoire des arsenaux et celle des forçats de la Foi est mêlée pendant plus d’un siècle. Il a fallu tous ces siècles de barbarie, pour que s’imposent les libertés de conscience et religieuse (ce sont deux notions distinctes : la liberté de conscience est une liberté fondamentale absolue; la liberté religieuse est une liberté fondamentale relative puisqu’elle est bornée par l’ordre public).

Plusieurs Edits célèbres marquent leurs progrès et leurs régressions chaotiques : huit guerres civiles ont ravagé le royaume de France (ex. Massacre de la St Barthélémy en 1572). Le royaume est morcelé  en Provinces et conserve une structure féodale jusqu’en 1777  (L’Edit de Turgot sur les « enclosures »  lui porte un coup décisif ; à Genève, cette structure a volé en éclat en 1702, année où en France, éclate la guerre des Camisards, évènement prémonitoire de l’effondrement de la notion de « monarchie de droit divin » dès lors qu’on pourra être non catholique et sujet du Roi !

Cf. Thèse du Pr Philippe JOUTARD : La Légende des Camisards qui souligne à la fois l’immense portée de cet évènement dont la mémoire collective garde encore une trace étonnamment vivace;  et à la fois la puissance d’occultation de l’évènement dans la presse du royaume qu’il a méticuleusement étudiée.

Cette occultation perdure jusqu’à nos jours, puisque les livres scolaires évoquant les « causes » de la Révolution, s’étendent sur la « Journée des Tuiles et ne mentionnent jamais la gravité politique de la Guerre des Camisards qui dura près de 6 ans : il s’agit du soulèvement du Languedoc , par des Sujets du Roi parlant français, en 1702 pour des raisons de rebellion pour la liberté de conscience, contre une répression barbare au quotidien, six ans seulement après la Révocation de l’Edit de Nantes : le Languedoc est alors une très riche province royale, mitoyenne d’Avignon, ancienne Cité des Papes).

Henri IV avait apaisé un temps les conflits par l’Edit de Tolérance  du 13 avril 1598. Par la suite, de nombreux édits en grignotent la portée, pour arriver à l’Edit dit de Révocation, de Louis XIV, signé à Fontainebleau le 18 octobre 1685.

Ce n’est que 98 ans plus tard que Louis XVI signe l’Edit de  Tolérance de Versailles, le 7 novembre 1787.

Marie Durand et ses soeurs d’infortune, sortent de la Tour de Constance. Les Galériens de la Foi sont relâchés – peu survivaient : lire  le roman très documenté de l’Académicien André CHAMSON (un mien cousin, par ma mère :D ) : « La Superbe », galère du Levant

Cet Edit  s’applique aux Juifs comme aux protestants et à tous les adeptes d’autres confessions puisqu’il concerne les « non catholiques ». Il est soutenu devant le Roi par trois « Lumières », même si l’historiographie ne les présente pas comme tels : il s’agit de MALESHERBES, LAFAYETTE  et du Pasteur nîmois Jean-Paul RABAUT St ETIENNE – qui fut guillotiné le 5 décembre 1793, un mois et deux jours après Olympe de Gouges.

Les Juifs, comme les protestants, sortent de la clandestinité : on est DEUX ANS avant la Révolution française ! L’antisémitisme n’est donc pas devenu en 1885, un axe d’une droite dite « révolutionnaire » comme s’il était sorti de terre, forgeant à cette époque l’un des aspects les plus barbares de l’idéologie fasciste.

Pour moi, d’ailleurs, il n’y a pas  un « fascisme » mais plusieurs précédés par des courants « pré-fascistes » que nie le concept de « droite révolutionnaire »: ce concept ne me semble pas avoir, d’ailleurs, en lui-même un grand intérê pour éclairer l’évolution actuelle du Front National qui n’est pas un parti « fasciste ». Tant que nous colporterons de telles idées fausses, nous nous mettrons en danger.

Je vous invite à écouter Pierre MILZA  essayer de répondre à la vraie question qui nous éclaire sur le présent : POURQUOI l’Europe a-t-elle engendré le fascisme ?

Cette approche est différente de celle de Sternhell dont les limites ont été déjà relevées.

Savoir pourquoi l’Europe a engendré le nazisme et le fascisme et savoir distinguer une extrême droite des modèles de société totalitaire qui ont existé en Europe, me parait seul pouvoir permettre de faire face  à Marine Le Pen … et ce, sans fable sur l’histoire des idées politiques et des hommes qui les ont portées [ le mot « Hommes » étant entendu ici en son sens générique noble qui englobe les hommes et les femmes.]

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