Je suis Charlie ! Réponse à Maïté – Eclats de Mots

Posted on janvier 8, 2015

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Merci Maïté.

Les images sur ton blog – monument citant la Déclaration des Droits de l’Homme de 1793 – sont impressionnantes.
Il est vrai que je préfère la Déclaration de 1789 et son article 10, clair, concis, imparable et qui est celui qui figure en tête de « notre » Constitution : celle de la 5ème République, qui, malgré ses détracteurs d’extrême droite ou d’extrême gauche, reste un texte fort et bien fait, nous protègeant depuis tout ce temps, de la tyrannie.

L’article 10 DDHC énonce :

 » Art. 10. –

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Art. 11. –

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi

Ces articles proclament la liberté de pensée, d’expression et de conscience, pilier de notre démocratie, la « laïcité » (neutralité de l’Etat à l’égard de toutes les religions qu’il respecte toutes) étant l’outil de mise en œuvre de la liberté de conscience.

Je connais ces articles par cœur et je les ai appris à mes enfants [mon ancêtre étant l’un des deux fondateurs de l’Eglise Réformée de France … les protestants ont subi les persécutions que l’on sait qui ne se sont arrêtées qu’en 1787 ! L’Edit de Versailles dû à Malesherbes, Lafayette et au Pasteur nîmois Paul Rabaut St Etienne – guillotiné plus tard, comme Girondin, sous la Terreur ! – est l’un des actes juridiques et politiques majeurs qui ont déclenché la Révolution française].

Dans un petit square de Montmartre, sous la basilique, la statue du Chevalier de la Barre montre du doigt la basilique … Il a été en vain défendu par Voltaire … Il est le dernier exécuté pour « blasphème » … alors même que le fait de ne s’être pas découvert au passage d’une procession était certes puni, mais pas de mort !

Derrière l’une des plus anciennes rues de Paris, la rue du Faubourg St Antoine, il y a une petite place : la place d’Aligre sur laquelle se trouvent une horloge et un marché couvert : le marché Beauvau … Il subsiste des passages et des ruelles … Avant 1789, les non-nobles étaient serfs ! – sans personnalité juridique, sans quasiment aucun droit – sauf comme dans ce quartier, a avoir été émancipés pour diverses raisons dont le talent !

Ici, dans ces ruelles, ces passages et ces cours, les incroyables labyrinthes d’escaliers en tomettes, les gens se sont battus, souvent au corps à corps … pour nos droits !!! parmi lesquels ceux qui figurent aux articles 10 et 11 précités de la DDHC !

Partant de la Place d’Aligre vers l’est, il y a une petite rue, bien défigurée mais toujours là, avec encore quelques maisons basses répertoriées dans « l’habitat mineur » qui a été si dilapidé, détruit bien qu’il soit l’écrin de nos mémoires collectives : elle se nomme « Rue CESARE BECCARIA ». Ecrivain et philosophe, il publie en 1764, à l’âge de 26 ans, un petit opuscule  :  » Des délits et des peines » ! La philosophie du droit pénal moderne est née !  Les rédacteurs du code pénal de 1791 s’en inspirent.  Depuis lors, dans tous les pays européens, la démocratie se fonde sur le fait que nul ne peut être condamné pour un délit qui ne figurerait pas précisément dans un code pénal et pour une peine qui n’y serait pas aussi précisément définie.

Chaque passage sauvegardé, chaque ruelle garde ici, à Paris,  la mémoire de nos conquêtes démocratiques. De nos jours, le Chevalier de la Barre aurait la vie sauve ! Et d’ailleurs, depuis 1981, il l’aurait eue de toute façon et ça continuera, n’en déplaise au Front National !

Voilà pourquoi l’attentat d’hier me touche au cœur … Voilà … c’est dans ce quartier que ça c’est passé ! … que la BSPP et la Protection civile ont ramassé et mis en sac, dix journalistes et deux policiers d’ici.

Le commissariat du 11ème est fermé et l’entrée croule sous les fleurs blanches … Je n’en crois pas mes yeux, un cercle de fer enserre mon front …

Non ! Ce ne sont pas des dictateurs faméliques bardés de pétrodollars dont ils se gardent bien de faire bénéficier leurs peuples, qui vont tuer nos droits et libertés si chèrement conquis, en tirant pour cela les ficelles de pantins choisis parmi des petits loubards de banlieue, nourris à l’antenne parabolique ! Mon cœur saigne car chacun de ces loubards aurait pu, en un jour, devenir une belle personne, s’il avait fait – ce qui était possible – belles rencontres … au lieu de se lier avec un fanatique, au sens voltairien du terme.

Ces belles rencontres, la réponse judiciaire devrait en priorité les favoriser en embauchant le personnel nécessaire et porteur de nos valeurs, pour que tout jeune incarcéré soit remis à l’école et ne quitte pas le centre de détention, sans une formation qui lui plaise et une embauche en apprentissage à sa sortie où il ait la joie simple de prendre en main sa vie, de faire son sport et la fête, sans rêve absurde de frustré : de gloire et d’argent facile !

« François Hollande a raison … et aussi mon amie Samia Labidi qui raconte dans son livre  » Karim, mon frère, ce terroriste »,  le parcours banal d’un garçon normal, devenant terroriste au contact d’une personne qui s’introduit dans leur famille et le « formate ».

Oui, François Hollande a raison : nous devons aller intensément à la rencontre de la jeunesse, avec bienveillance, sans la soumettre à la barre toujours trop haute de préjugés petit-bourgeois sur la « réussite »  ! Faire en sorte qu’elle fasse les bonnes et belles rencontres dont elle a besoin !

Chacun peut réussir à sa façon, dans la joie présente et du lendemain, hors de toutes les sornettes sur l’ascension sociale qui ne tiennent pas compte du fait que la vie est fragile, que son enjeu est seulement de vie ou de mort et se joue tous les jours .

Notre travail de transmission de nos valeurs est d’abord un message de respect envers tous les jeunes, de respect et de bienveillance afin qu’ils ne pensent pas qu’ils n’ont aucun pouvoir sur leurs vies et ne décident pas d’expérimenter le pouvoir ultime de tuer et de se mettre à mort … A part monter au ciel sans ascenseur, cette expérience ultime ne leur apporte rien, ils ne la vivront pas en conscience, leur nom même de criminel s’effacera, leur famille ne gardera d’eux qu’une insupportable douleur qui ne finira jamais.

Comme enseignante, je sais que tu partages ces valeurs. Nous sommes des millions à les partager. Cela fait notre force, comme Nation française.
Je t’embrasse fort.

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