Putain, on comprendrait mieux avec des dessins !

Posted on janvier 10, 2015

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J’ai trouvé ce dessin sur le compte de RAZIKAMA  dont le texte de présentation m’a fait venir des larmes !

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J’ai lu qu’Ahmedy Coulibaly, le preneur d’otages de VINCENNES, avait tué dès son arrivée, quatre jeunes hommes magnifiques et avait harangué pendant des heures son auditoire terrorisé, nous montrant l’importance de la langue, à l’occasion de son horrible et ultime mise en acte d’une « difficulté avec la loi » qui, dit-on, l’habite et va crescendo, depuis son adolescence.

J’entends la langue comme « langue maternelle », c’est à dire comme lien à la famille et à un pays ou une région d’origine, en même temps que comme « langue des artistes » ou celle des « journalistes » c’est à dire comme ensemble des représentations énoncées dans un sous-groupe social donné.

Sous cet angle, son crime  visait nos valeurs  – mais pas seulement ! Est-il si différent de celui du Caporal Lortie (commis au Québec en 1984)  et y ferons-nous demain une réponse protestataire complète, même si c’est notre attachement à nos valeurs, proclamé dans le Préambule de notre Constitution, qui va jeter aux yeux du monde, une autre image que celle de l’intelligence et des libertés fondamentales fusillées : l’image de la Nation française quand elle se lève et marche !  

La vérité est bien un miroir brisé dont chacun n’a qu’un morceau en pensant l’avoir toute. Coulibaly, après avoir abattu quatre otages, a parlé, parlé, parlé … reprochant des heures durant à ses victimes d’être « coupables » d’avoir élu un gouvernement intervenu au Mali [à la demande de son Président, pour en empêcher sa partition et l’installation par la force d’un Etat islamiste dont les adeptes ont commencé par mutiler sans procès des hommes, enlever des fillettes, lapider des couples].

Il leur a reproché d’insulter sa religion, de la refuser comme système politique, de vouloir le plier, lui et « les siens » à  la règle sociale « française » (paiement de l’impôt, entretien et respect de nos forces de l’ordre)  issue des grands textes qui la fondent, comme la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui mentionne notamment, depuis le 26 août 1789 :

Art. 12. La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Art. 13. Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Ce que j’ai appris de toi Coulibaly, c’est ce que nous savons de centaines de jeunes de ton âge : nous aurions tort de refuser de vous voir, même si vous êtes peut-être seulement une minorité, ce que je ne crois pas.

Tu t’es inscrit dans une langue de victimisation encouragée par une politique publique de « discrimination positive »  qui a divisé les français.

Tu es celui qui se croyait pauvre et ne l’était pas, l’argent n’ayant rien à voir avec la richesse. Tu es celui qui se croyait laid parce que noir et qui a buté dès 10 ans sur les romans illisibles pour toi de Roahl Dall sans que personne n’ait jamais l’idée de te lire ou faire lire Léopold Senghor ! Tu es celui qui a transformé ton corps par le sport sans que jamais ne puisse naître à tes yeux une bonne image de toi-même. Tu es celui qui n’a été valorisé que par un fanatique islamiste rencontré en prison … Nos vies sont faites de bons et mauvais hasards … tu es celui qui a eu la malchance de rencontrer coup sur coup plusieurs mauvaises personnes …

Coulibaly, tu as tiré parce que ta vie vaut à tes yeux si peu de chose que tu n’as jamais pu percuter que celle d’autrui puisse valoir quelque chose.

Tu as tué la beauté parce qu’elle t’énerve et te renvoie à ton incertitude sur la tienne !

Pour RAZIKAMA, l’enseignement est une arme absolue contre l’ignorance et la barbarie.

Pas seulement. Et surtout pas l’enseignement dans sa réalité actuelle : il est sélectif, donc excluant souvent d’une manière insidieuse. Il est savant et s’est refusé, à l’époque de la scolarité de Coulibaly, à s’ouvrir aux méthodes de pédagogie active adaptées  à la majorité des enfants qui progressent mieux au travers de jeux concrets. Surtout, il instituait rarement la place symbolique de « la langue maternelle et paternelle » permettant à l’enfant d’entendre nos savoirs et nos valeurs dans une relation intersubjective de parole.

Coulibaly a parlé, parlé, parlé … Par la parole, nous prenons place. Il a choisi sa place. Il a dit jusqu’à la folie, jusqu’à la mort, celle impensable de ses victimes et la sienne, non pas le discours d’un autre mais le sien : celui non pas de son ignorance de nos valeurs, mais de son lien de filiation refusé, à nos valeurs.

Cela nous renvoie à nous-mêmes, à la fragilité des enfants majorée quand ils peuvent souffrir à l’extérieur de l’école, d’une stigmatisation et plus spécifiquement de racisme puisqu’ils sont alors confortés dans l’idée qu’ils ont moins de valeur que les autres.

Cela nous renvoie à notre méconnaissance puisque nous avons à ce sujet beaucoup d’idées fausses, de ce passage à haut risque qu’est leur adolescence et leur entrée dans la vie adulte.

Cela nous fait poser un autre regard sur notre système éducatif et ses inerties face aux évolutions sociales, à la philosophie de nos politiques pénales, à nos réponses judiciaires et carcérales.

Oui, faire mourir et mourir en jetant des imprécations pseudo-religieuses est le comble de l’horreur et de la bêtise et ne peut résulter que d’un faisceau de causes lentement nouées au long d’une vie jeune mais difficile.

Les dictateurs ont, de tout temps, triomphé dans l’esprit des masses en s’adressant à leurs émotions et en surfant sur leurs frustrations : l’énoncer est presque enfoncer une porte ouverte.

Si M. GILBERT * GERMAIN a pu faire d’Albert Camus, le bon élève qui est devenu l’écrivain et journaliste que nous savons,  c’est qu’il a respecté la place symbolique du père que Camus n’a jamais connu et de sa mère sourde et muette qui n’a jamais rien pu lui en dire sinon « Tu lui ressembles » en lui caressant la joue avec amour.

Aucune valeur ne peut être transmise sans ce respect.

Nos valeurs tiennent l’intelligence – celle qui s’accomplit sans vanité en toutes choses – et la liberté, pour la lumière qui éclaire notre société. Quand je suis en colère,  je me récite des poèmes, cela m’oblige à respirer !

Celui qui me vient, c’est Stella de Victor Hugo qui habitait à deux pas du siège de Charlie Hebdo :

(…) j’entendis une voix qui venait de l’étoile

Et qui disait : – Je suis l’astre qui vient d’abord.
Je suis celle qu’on croit dans la tombe et qui sort.
J’ai lui sur le Sinaï, j’ai lui sur le Taygète ;
Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
Ô nations ! je suis la poésie ardente.
J’ai brillé sur Moïse et j’ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J’arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi !
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles !
Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles,
Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit,
Debout, vous qui dormez ! – car celui qui me suit,
C’est celui qui m’envoie en avant la première,
C’est l’ange Liberté, c’est le géant Lumière !

Comment être aujourd’hui un peu moins triste, malgré ces mots si beaux que nous n’avons pas réussi à faire entendre à tant de jeunes ? …

Oui, faisons leur plus souvent un dessin !

* [Lapsus … Gigi, tu me passais des bandes dessinées et moi je te passais mes cours … c’est ça les mecs ! Et maintenant, au Paradis, t’as les dessinateurs à la maison, veinard !]

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