Vladimir Vysotsky poète interdit, pour les victimes de la dictature russe et pour la Grèce qui le sait.

Posted on janvier 25, 2015

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Vladimir Vysotsky,* né le 25 janvier 1938 à Moscou y est mort à l’âge de 42 ans et son œuvre y reste interdite. Il était l’époux de Marina Vlady. C’est pourquoi,  ma note, en hommage aux victimes ukrainiennes est aussi dédiée aujourd’hui aux Grecs qui ont payé un lourd tribu aux dictatures et ne devraient jamais l’oublier.

Ноль семь – Zéro Sept

A ceux de Mariopol et d’ailleurs, qui n’entendront plus : « Bonjour, c’est moi ! »

ACM-1

Для меня эта ночь – вне закона,
Я пишу – по ночам больше тем.
Я хватаюсь за диск телефона,
Набираю вечное ноль семь.

« Девушка, здравствуйте! Как вас звать? » – « Тома ».
« Семьдесят вторая! Жду дыханье затая…
Быть не может, повторите, я уверен – дома!..
Вот уже ответили.
Ну здравствуй, это я! »

Эта ночь для меня вне закона,
Я не сплю – я кричу: « Поскорей!.. »
Почему мне в кредит, по талону
Предлагают любимых людей!

« Девушка, слушайте! Семьдесят вторая!
Не могу дождаться, и часы мои стоят…
К дьяволу все линии – я завтра улетаю!..
Вот уже ответили.
Ну здравствуй, это я! »

Телефон для меня – как икона,
Телефонная книга – триптих,
Стала телефонистка мадонной,
Расстоянье на миг сократив.

« Девушка, милая! Я прошу – продлите!
Вы теперь как ангел – не сходите ж с алтаря!
Самое главное – впереди, поймите…
Вот уже ответили.
Ну здравствуй, это я! »

Что, опять поврежденье на трассе?
Что, реле там с ячейкой шалят?
Мне плевать – буду ждать, – я согласен
Начинать каждый вечер с нуля!

« Ноль семь, здравствуйте! Снова я ». – « Да что вам? »
« Нет, уже не нужно, – нужен город Магадан.
Не даю вам слова, что звонить не буду снова, –
Просто друг один – узнать, как он, бедняга, там… »

Эта ночь для меня вне закона,
Ночи все у меня не для сна, –
А усну – мне приснится мадонна,
На кого-то похожа она.

« Девушка, милая! Снова я, Тома!
Не могу дождаться – жду дыханье затая…
Да, меня!.. Конечно, я!.. Да, я!.. Конечно, дома! »
« Вызываю… Отвечайте… » – « Здравствуй, это я! »

*

*      *

Pour moi cette nuit est hors la loi,
J’écris – surtout la nuit.
Je saisis le cadran du téléphone,
Je compose l’éternel zéro sept.

« Bonjour, mademoiselle! Comment vous appelez-vous? » – « Toma ».
« Soixante-douzième! J’attends en retenant mon souffle…
« Impossible, répétez, je suis sûr qu’elle est à la maison!..
Voilà on a répondu.
Eh bien bonjour, c’est moi! »

Pour moi cette nuit est hors la loi,
Je ne dors pas – je crie: « Dépêche-toi!.. »
Pourquoi dans mon crédit propose-t-on
Les gens que j’aime au ticket!

« Ecoutez, mademoiselle ! Soixante-douzième!
Je ne peux pas attendre et ma montre est arrêtée…
Au diable toutes les lignes – je prends l’avion demain!..
Voilà on a répondu.
Eh bien bonjour, c’est moi! »

Le téléphone est une icône pour moi,
L’annuaire un triptyque,
L’opératrice est devenue une madone,
Ayant pour un instant réduit la distance.

« Ma chère mademoiselle! Je vous en prie, allongez la durée!
Vous êtes maintenant comme un ange – ne descendez pas de l’autel !
Mais surtout, à l’avenir, comprenez…
Voilà on a répondu.
Eh bien bonjour, c’est moi! »

Quoi, la ligne est encore endommagée ?
Quoi, on y dévalise le relais de la cellule ?
Rien à faire, j’attendrai – je suis d’accord
Pour recommencer chaque soir à zéro!

« Zéro sept, bonjour! C’est encore moi. » – « Oui, que demandez-vous? »
« Non, c’est plus la peine, – il me faut la ville de Magadan.
Je ne vous promets pas de ne pas rappeler à nouveau  –
J’ai juste cet ami – je veux savoir comment il va là-bas, ce pauvre diable… »

Pour moi cette nuit est hors la loi,
Je ne dédie aucune de mes nuits au sommeil –
Mais je m’endormirai et rêverai d’une madone
Qui ressemble à quelqu’un.

« Ma chère mademoiselle! C’est à nouveau moi, Toma!
Je ne peux pas attendre – j’attends en retenant mon souffle…
Oui, pour moi !.. Bien sûr, moi!.. Oui, moi!.. Bien sûr, à la maison! »
« J’appelle… Répondez… » – « Bonjour, c’est moi! » *

 

* En 1965, à Moscou, Marina Vlady, d’origine russe, a rencontré Vladimir Vissotski : considéré comme le plus grand poète russe du XXe siècle, il est persécuté par le régime soviétique qui interdit toutes ses œuvres. Ils  vivent une passion que la mort brutale du poète interrompt le 25 juillet 1980. Marina Vlady lui a consacré un livre, « Vladimir Vissotski ou le Vol arrêté » (Ed. Fayard).

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