Je suis Charlie : Le Mariage de Figaro, Beaumarchais 1782 ! Liberté d’expression : Une longue lutte !

Posted on janvier 30, 2015

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Puisque vous êtes convaincus que les hommes et les femmes naissent et vivent libres et égaux en droits, ce qui exclut une société hiérarchisée, discriminante, qui aurait de beaux et de vilains quartiers, de bonnes et de médiocres écoles,

Puisque vous êtes convaincus que les femmes sont des êtres majeurs dont personne ne peut disposer,

Puisque vous êtes passionnément attachés aux libertés et parmi elles, à la liberté d’expression qui comprend la satire,

Puisque vous savez que l’accès à l’éducation, à l’information et à la culture, sont des droits et des remparts contre la tyrannie et l’obscurantisme,

Puisque vous savez que ces droits et libertés ont été conquis de haute lutte en France, depuis des siècles, par l’engagement acharné d’artistes, d’intellectuels, de journalistes, d’hommes de lois, d’hommes d’église, de citoyens, vous irez comme moi, par plaisir et comme accomplissant un acte militant, au Théâtre 14, qui donne le  MARIAGE DE FIGARO,

écrit par Beaumarchais en 1782 ! Vous penserez aux artistes et journalistes de Charlie Hebdo et vous applaudirez pour Beaumarchais et pour eux,  à tout rompre, je n’en doute pas, le monologue de FIGARO dont voici un extrait :

« Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ! Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs mœurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé !

J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie et tout le crédit d’un grand Seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire !

Las d’attrister des bêtes malades et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre ; me fussé-je mis une pierre au cou !

Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule ;

à cet instant, un envoyé… de je ne sais où, se plaint de ce que j’offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc :

et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : Chiens de chrétiens ! – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. –

Mes joues creusaient ; mon terme était échu ; je voyais de loin arriver l’affreux recors, la plume fichée dans sa perruque ; en frémissant, je m’évertue.

Il s’élève une question sur la nature des richesses, et, comme il n’est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n’ayant pas un sol, j’écris sur la valeur de l’argent et sur son produit net ; sitôt je vois, du fond d’un fiacre, baisser pour moi le pont d’un château fort, à l’entrée duquel je laissais l’espérance et la liberté. (Il se lève.)

Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.  »

Voilà mes amis ! N’y manquez pas ! Bon spectacle !

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